Murtagh regarda l'horizon. Le soleil déclinait dans le ciel. Il sentit une larme couler sur sa joue. Il l'essuya avant que d'autres ne viennent fouler son visage.
« -Murtagh... »
Le jeune homme partit, ne laissant pour seule trace que la poussière que soulevait sa cape.
Jamais Thorn n'avait vu son dragonnier autant proie à la tristesse que ses derniers jours. Il n'avait rien dit, aucun râle de douleur ne s'échappait de ses lèvres pendant les entrainements, même lorsqu'il était dans le plus mauvais des états, juste cette lueur persistante dans le regard. Ce désir, obsédant, dévorant, de la sauver, quelque en soit le prix, la vie, la raison, il s'apprêtait à tout abandonner. Et, lui, il le suivrait. Peu lui importait, du moment qu'ils partaient en paix.
-« Unis pour l'éternité mais bien d'avantage dans l'adversité... Je t'aime, tête brûlée. »
-« Quoi qu'il se passe, tu seras à mes côtés ? »
-« Toujours, quoi qu'il arrive, quoi que tu décide, je te suivrais. »
Murtagh était un de ces hommes qui n'avaient pas besoin de mettre des mots sur leurs sentiments pour se faire entendre. Son regard voulu dire beaucoup de chose. Le respect. L'admiration. L'amour. Toutes ces choses qui les liaient. Les larmes bien plus encore.
-« Je suis tellement désolé de t'avoir fait endurer tant de choses, tant de souffrance, continua-t-il en serrant le pommeau de Zar'roc, sans jamais m'en être vraiment soucié. Je suis vraiment égoïste. Je... commença-t-il en refoulant ses larmes, jusqu'à maintenant je croyais que tu étais mon dragon et que j'étais ton dragonnier, mais ce n'est pas le cas...
-« Murtagh... murmura Thorn choqué »
-« Nous ne faisons qu'un. »
Il tourna les talons et alors qu'il s'éloignait, il sentit une force incroyable le tirer en arrière. En quelques secondes, il se retrouva immobilisé entre le poitrail et l'aile de Thorn, ses pieds ne touchant plus terre.
-« Bientôt, ce ne sera pas moi qui te serrera dans mes bras. »
-« Rien n'est gagné d'avance, et techniquement tu n'as pas de bras, rétorqua-t-il en souriant. »
Depuis combien de temps. Depuis combien de temps n'avait-il pas sourit ainsi. Thorn resserra son étreinte avant de souffler un jet de fumé noire qui ébouriffa les cheveux du jeune homme.
-« Vas dormir, et profite de ta dernière nuit de calme »
- Eragon ?
Le jeune homme se retourna, surpris. Arya, adossée à un imposant rocher, l'observait, une pointe d'inquiétude dans le regard. Voila maintenant prés de deux heures que le garçon n'avait esquissé le moindre geste ou la moindre parole. Alerté par cette attitude passive, Orik s'en était allé demander de l'aide à l'elfe, car lui-même n'était pas capable de sortir Eragon de sa léthargie, et qu'en temps que chef du Dûrgrimst Ingeitum et élu roi par les treize chefs de clan, l'état de guerre quasi-totale requérait sa présence auprès des Vardens.
La jeune femme vint s'asseoir à ses côtés et observa, tout comme lui, l'avancée de l'organisation ennemie.
- La ruse d'Angela ne marchera pas cette fois, je crains qu'ils soient devenus méfiants, souffla-t-elle.
- Je sais, répondit-il d'une voix égale.
- Qu'est-ce qui te tracasse autant Eragon ?
Le jeune homme prit soin de mesurer ses paroles, ainsi que le ton de sa voix avant de prendre la parole.
- Quelque part, derrière toute cette agitation se trouve Galbatorix et, il marqua une pose et dit dans un soupir de douleur, Murtagh.
Malgré son émotion, il rougit et baissa la tête, car il s'aperçut que l'elfe n'avait pas cessé de le regarder et qu'elle ne cessait toujours pas.
- Quoi d'autre ? Demanda-t-elle tout doucement.
- Nahis, Clément et Kyo ne sont toujours pas revenus, nous n'avons aucunes nouvelles d'eux, et jamais ils ne seront là à temps pour nous aider. C'est comme si nous nous ruions au tombeau. Nous sommes moitié moins nombreux qu'eux !
Eragon avait commencé à élever la voix, et colère et appréhension se déversaient de sa bouche comme l'eau qui coule d'une cascade.
- Ton peuple n'est pas là ! Et sans lui nous n'avons pas plus de chances de nous en sortir qu'un serpent en a de se dérober face à un aigle affamé ! Cria-t-il.
Arya lui saisit doucement la main. Le jeune homme, surpris, oublia ses vociférations, et se concentra sur cette main fragile et pourtant puissante qui s'était logée dans la sienne. Son c½ur rata plusieurs battements avant de reprendre un rythme normal, et lorsqu'il y fût habitué, elle ôta sa main. Il se rendit compte qu'elle savait jouer avec ses sentiments, mais il ne s'en offusqua pas, elle le faisait uniquement pour la bonne cause.
- Un jour, un homme qui regardait par la fenêtre aperçut un combat entre un oiseau et un serpent. L'oiseau se rependait en gestes saccadés et dispersés alors que le serpent se mouvait en gestes souples et précis. Le serpent l'emporta.
Eragon médita un instant sur ce qu'elle venait de dire.
- Essayes tu de me dire que...
- ... Qu'en aucuns cas, la force et le nombre ne doivent prévaloir sur l'agilité et la réflexion. Une armée massive qui frappe au hasard ne tiendrait pas une journée contre une armée efficace et agile.
- Quel rapport entre la précision et la réflexion ?
- C'est en réfléchissant à ce que tu fais que tu seras précis, et c'est en étant précis que tu seras efficace.
Cela sonnait comme une évidence et pourtant, Eragon n'y avait pas pensé une seule seconde. Quelque chose s'anima en lui. Demain, leur ferrait face des hommes indécis ou qui auront soif de bataille, ils agiront dans la confusion, tandis qu'eux avaient un but. Un but précis. Il tourna son visage vers elle. Heureux de constater qu'elle le regardait en souriant.
- En ce moment même, les Elfes convergent vers les Plaines Brûlantes. Ils seront là assez tôt pour nous prêter main forte.
- Excuse-moi, murmura-t-il, gêné.
- Oromis ne sera pas du voyage, cela est une punition assez convenable, tu ne trouves pas ?
Il soupira. Son maître lui apportait tant de confiance et de sagesse lorsqu'il se trouvait à proximité de lui.
- Si surement, répondit Eragon avec sincérité.
- Quant à Nahis, Clément et Kyo, sache que Clément les a trahit, il s'avéré qu'il avait rejoint les troupes de Galbatorix, Kyo s'est chargé de lui, et ils ont réussis à récupérer le trône. Le reste de leurs opérations ne m'a pas été révélé, mais je suis sûr qu'ils ne vont plus tarder.
Rasséréné, le jeune homme se détendit un peu. L'elfe se leva et lui dit avec un sourire encouragent.
- Tu dois trouver seul la sérénité face à ta dernière peur. J'espère que la décision que tu prendras sera la bonne, ajouta-t-elle avant de partir.
Un remercîment teinté d'émotions merveilleuses s'éleva de l'obscurité. Elle sourit, heureuse.
Une silhouette fine se découpait dans l'obscurité. Eragon se tînt prés. Genoux fléchis.
- Ne sois pas si tendus Eragon.
Surpris, le garçon baissa sa garde et invoqua la lumière.
- Arya ? Mais qu'est ce que tu fais là ?
- Je voulais connaître ta décision, elle marqua une pose et reprit, tu sais, cette décision n'est pas que le combat intérieur d'un homme, elle est aussi le soutien de toute une armée à qui tu insuffles beaucoup de courage.
- Alors voila ma décision, je ne tuerais Murtagh que si il décide de se mettre en travers de mon chemin car je tuerais Galbatorix quoi qu'il arrive.
Un sourire de fierté se peignit sur le visage de l'elfe. Il n'était plus le gamin inconscient des risques, mais l'homme déterminé à faire prendre à tout un monde une autre voie. Celle de la paix.
Alors ?
PS : Fanderagon42 est de retour, allez faire un tour sur son blog !